NOUS LIBERER DE NOS CHAINES

Quel est l’objectif de la préparation d’Eloul et de la période des Seli‘hoth ? Le repentir, certes, mais le maguid de Doubno nous indique, à l’aide d’un machal, un autre but à poursuivre :

Un cambrioleur chevronné convoitait de dévaliser un grand magasin qui, vu le nombre de ses clients, semblait faire de gros bénéfices. Il décida donc d’ouvrir l’œil et d’observer la façon dont l’argent, prélevé des caisses, était remis chaque jour à la banque. Il remarqua qu’une demi-heure après la fermeture, un employé de la maison se rendait régulièrement à la banque voisine, une serviette à la main.

Le voleur réalisa qu’en plein jour, dans une rue si animée, il lui serait impossible de s’emparer du butin. Il allait presque abandonner ses desseins lorsqu’il aperçut une boutique de vêtements élégants à proximité. C’est alors qu’une idée démoniaque jaillit dans son esprit.

Vingt minutes après la fermeture du grand magasin, quelques instants seulement avant l’heure H, il entra dans la boutique et se présenta au vendeur : “Je suis au service du célèbre industriel, Monsieur Untel, et mon patron m’a chargé de lui acheter d’urgence un très beau complet. Le prix n’a pas d’importance, l’essentiel est qu’il soit bien coupé dans un tissu d’excellente qualité. Possédez-vous ce genre d’articles ?”

“Vous avez trouvé la bonne adresse !” lui répondit le vendeur avec assurance. “Dites à votre patron de nous rendre visite et nous lui trouverons un costume à sa mesure. Je suis certain qu’il sortira de notre maison très satisfait !”

“J’en suis convaincu”, dit le voleur puis il ajouta, d’un air navré : “mais voilà justement le problème ! Mon patron est si occupé qu’il n’a pas le temps de venir essayer le costume ; c’est la raison pour laquelle il m’a envoyé à sa place !”

“Je le conçois fort bien, mais comment connaître ses mensurations sans le voir ?” demanda le vendeur.

Le voleur parut réfléchir quelques secondes puis il se reprit et dit : “Je crois avoir trouvé la solution ! Sortons dans la rue et si je vois un passant de taille identique à celle de mon patron, je vous l’indiquerai et vous pourrez effectuer sur lui l’essayage.”

Les deux hommes se postèrent sur le seuil de la boutique pour observer les passants. Soudain, le voleur désigna le jeune homme à la serviette qui, comme tous les jours, marchait d’un pas pressé en direction de la banque. “Oh, voyez-vous ?” s’exclama-t-il. “Cet homme a exactement la stature de mon patron !”

Se frayant un chemin à travers la foule, le vendeur interpella l’homme : “Excusez-moi, Monsieur. Pourrais-je vous demander un petit service ? Vous avez une taille mannequin et je voudrais essayer sur vous l’un des costumes les plus chics de ma boutique.”

Flatté par le compliment, l’homme suivit le vendeur et enfila avec plaisir un magnifique complet. Il s’admira avec satisfaction dans la glace sans prendre garde à la serviette qu’il avait bien sûr déposée dans la cabine d’essayage. Profitant de son inattention, le voleur s’introduisit dans la cabine, s’empara de la serviette et disparut.

“Au voleur ! Attrapez-le !” s’écria le jeune homme en s’élançant à sa poursuite. Mais le vendeur le retint en le saisissant au collet : “Hé, minute, vous n’allez pas sortir d’ici avec mon costume ! Déshabillez-vous d’abord !”

“Mais le voleur va s’enfuir et je vais perdre sa trace ! Ma serviette contenait une grosse somme d’argent !”

“Ce n’est pas mon affaire, ôtez d’abord ce costume !”

Nous sommes tous dépositaires d’une somme de mérites que nous devons remettre le jour du Jugement. Que fait le rusé “voleur”, le yétsèr hara, pour dérober notre bien ? Il nous séduit et nous fait endosser un costume qui ne nous appartient pas : il nous tient occupés par des futilités qui ne nous sont d’aucune utilité, d’aucun profit. Il nous fait perdre le temps qui nous est si précieux pour nous faire arriver, dénués et démunis, devant le Tribunal céleste.

Nous voudrions bien démasquer ce yétsèr hara et crier : “Au voleur !” mais quelque chose nous arrête : le “costume” que nous avons endossé, les habitudes que nous avons prises, entraînés par les séductions de ce monde qui nous enchaînent et nous empêchent de combattre le yétsèr hara.

Combien l’employé de la maison aurait été heureux si quelqu’un lui avait chuchoté à l’oreille, pendant qu’il s’admirait, fasciné, dans la glace : “Faites attention ! L’homme qui se tient là, à vos côtés, est un dangereux escroc, prenez garde !” Cet homme ne se serait-il pas empressé d’ôter le complet avant qu’on ne subtilise sa serviette ?…

Cette personne qui nous met en garde, c’est le mois d’Eloul…

(D’après Ohel Ya‘aqov, Balaq)

Extraits de « Paraboles sur la période d’Eloul, Roch Hachana et Yom Kippour » Compilées et rédigées par Chalom Méir Wallach
Traduction de l’hébreu : Esther Meyer
Editions Daath