La période de Pessa’h à Chavou‘oth constitue sous certains aspects une seule et même fête (telle est d’ailleurs l’opinion de Ramban), au fil de laquelle, affranchis de l’esclavage considéré sous toutes ses facettes, y compris les plus modernes, nous nous préparons fébrilement à recevoir la Tora, qui nous permettra de canaliser et d’exploiter à bon escient notre liberté recouvrée.

Comme nous l’avions développé dans notre dernier article, cette expectative apparaît dans toute sa vigueur dans le décompte du ‘omèr auquel nous procédons quotidiennement pendant ces sept semaines, et que nous introduisons par la bénédiction : « Béni es-Tu, Hachem […] qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné le décompte du ‘omèr ».

Or, cette formule est surprenante puisqu’en réalité, nous ne « comptons » pas le ‘omèr, mais les jours qui nous séparent de l’offrande du même nom(qui était présentée le lendemain de la fête de Pessa‘h – c’est-à-dire de son premier jour). Logiquement, nous devrions donc plutôt dire : « … qui nous a ordonné le décompte des jours du ‘omèr ».

Ce terme ‘omèr est à rapprocher de me‘amèr, qui désigne l’un des trente-neuf travaux interdits le Chabbath, incluant tout geste lié à la récolte comme la mise en gerbes ou en balles, l’amoncellement en tas de fruits tombés ou leur réunion dans un panier.

Comme nous l’avions vu, compter le ‘omèr, c’est se démarquerde la conduite de l’enfant dont les actes, marqués par l’incohérence et l’irrégularité, ne se fondent pas en un tout homogène.

Au contraire, au fil de ces semaines de supputation, nous « grandissons » et devenons majeurs en nous appliquant à faire fusionner des chiffres en un seul nombre, à unir nos actes en un ensemble harmonieux, dirigé vers un seul but : la réception de la Tora.

De Pessa‘h à Chavou‘oth, nous devons chaque jour « amasser » et « entasser » notre yech (יש), à savoir notre potentiel spirituel et intellectuel, notre être authentique – dont la valeur numérique (310) est identique à celle du mot ‘omèr (עמר), nous préparant ainsi à recevoir, cette année encore, la Tora, et à percevoir les bruits qui, ayant retenti au mont Sinaï en présence des enfants d’Israël, continuent de se répandre, bien que, superficiellement, nous ne les captions pas.

La Tora atteste en effet (Chemoth 20, 15) : « Et tout le peuple voyait les sons et les flammes, et le son du chofar et la montagne fumante – le peuple vit ; ils se déplacèrent, ils se tinrent debout de loin. »

Nos ancêtres « virent » ces voix et ces sons qui étaient alors d’un tel degré de réalité qu’ils continuent d’exister sous leur forme visible.

Il nous incombe de les détecter en faisant fi des bruits ambiants, des vrombissements générés par notre attachement à la superficialité et à l’inanité. Tout comme, pour capter les ondes qui nous entourent sans que nous les voyions, nous avons besoin d’un poste récepteur – d’une radio, d’un téléphone… – sachons nous relier aux « ondes » du don de la Tora pour être en mesure de la recevoir à Chavou‘oth.

Souhaitons-nous donc de retenir les valeurs dignes d’attention et d’abandonner celles ne méritant que l’indifférence ; de nous appliquer, en cette période, à les réunir et à les « mettre en gerbes » pour être capables de voir ce qui est normalement entendu et pouvoir ainsi, à l’instar de nos ancêtres au mont Sinaï, recueillir la Tora de la manière la plus authentique, pour la mettre en pratique !
 
Rav Dov Roth